Au fil de l’eau

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La Vilaine, dixième fleuve français, prend sa source en Mayenne et se jette dans la mer dans le Morbihan. Limite naturelle entre Laillé et Guichen sur 3.5 km, elle était la frontière qui séparait les Francs des Bretons, Laillé étant du côté des Francs jusqu’en 850.

Vilaine ? Une étymologie incertaine

Selon une croyance populaire, sous l’Antiquité, on imputait la beauté des Rennaises à l’eau du fleuve, d’où l’idée de « bains de Vilaine », où l’on baignait les jeunes filles disgracieuses pour les embellir... Plus certainement, la Vilaine viendrait du breton ar ster vilen, la rivière aux moulins ou d’ar ster velen, la rivière jaune. À moins que Vilaine ne soit la version francisée de Visnonia, nom donné au Moyen Âge et qui voudrait dire la rivière aux eaux de rouille !

Un fleuve coloré mais utile !

Utilisée depuis l’Antiquité, la Vilaine était le seul moyen d’accéder facilement à la mer. La navigation étant difficile avec un niveau d’eau bas, sous François Ier, les négociants rennais décidèrent d’aménager le fleuve pour le rendre navigable aux grands bateaux. Elle est dès lors utilisée pour faire venir des produits manufacturés, du vin...
Le halage des bateaux se faisait initialement par l’homme, à force de bras, puis par le cheval.

En 1837, le « Ville de Rennes » est le premier bateau à moteur à emprunter la Vilaine pour rejoindre Redon. À son bord, les voyageurs côtoient les marchandises.
Lors de la deuxième moitié du XIXe, la concurrence du chemin de fer se fait ressentir, puis celle du transport routier après la Première Guerre mondiale. À Laillé, les péniches s’arrêtaient pour prendre du grès et du sable provenant de la carrière de la Réauté (fermée en 1986), appelée récemment le « lagon bleu ».

« Quand on se promène au bord de l’eau, comme tout est beau »

Et depuis longtemps ! Les cartes postales nous montrent que les bords de Vilaine à Laillé attirent dès le début du XXe siècle. Les Rennais, le dimanche, prenaient le train, surnommé à l’occasion le « train des pêcheurs », qui s’arrête à partir de 1882 à la « Halte de Laillé », pour taquiner le gardon et la brème. Une fabrique d’articles de pêche y est installée. Elle deviendra la guinguette « Au fil de l’eau », le rendez-vous du dimanche après-midi des jeunes Lailléens pendant des dizaines d’années, qui se conteront fleurette au son de l’accordéon.

Le « pont de Moscou »

Quel lien entre un pont situé à Moscou et un à Laillé ? Aucun, si ce n’est l’imagination de la propagande nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Souhaitant illustrer de prétendues avancées militaires en URSS, les Allemands ont maquillé le pont de Laillé. Une grosse production :
bois dévasté, champ de blé incendié, fumigènes, plus d’un millier de soldats allemands figurants, décor en contreplaqué pour simuler un pont abîmé... Le film ne fut pourtant pas exploité, les images montrant un panneau d’indication : « Moscow 3km - Bourg des Comptes 6,5 km »...

Georges Collin et François Jore